Irrigation drip

L’irrigation par goutte à goutte peut-elle briser les cycles de famine en Afrique ?

Un membre d’une famille m’a envoyé un article intéressant au sujet de l’irrigation par goutte à goutte en Afrique de l’Ouest et tout particulièrement sur les efforts de l’initiative israélienne African Market Garden (Jardins potagers africains - Ndt). C’est ce genre de système que nous espérons installer dans un futur proche à Beer Shéba.

Voici l’article complet de Reuters.

REPORTAGE - L’irrigation par goutte à goutte peut-elle briser les cycles de famine en Afrique ?

06 Mai 2010

Source : Reuters

  • L’irrigation basse-pression dynamise les African Market Gardens.
  • Vu comme une possibilité pour briser le cycle de la famine
  • Le doute des experts augmente, inquiétude sur l’eau

Par David Lewis

KEUR YABA DIOP, Sénégal, 6 mai (Reuters) - Alors que les organisations humanitaires mondiales peinent, encore une fois, à nourrir des millions de malnutris en Afrique sahélienne, on annonce que quelques petits cultivateurs des régions semi-arides font des moissons exceptionnelles d’ognons, de pommes de terre et de tomates.

Les raisons ? Les systèmes d’irrigation par goutte à goutte composés de réservoirs d’eau et de rangées de tuyaux noirs : une innovation israélienne que certains voient comme pouvant être la fin de régions dépendantes de l’aide humanitaire. Cependant, d’autres, y compris des partisans du système, émettent des réserves.

« Avec les arrosoirs, nous ne pouvons pas tenir plus d’une récolte par an. Avec cette innovation, nous pouvons en faire jusqu’à trois, donc nos profits sont multipliés par trois », dit Yamar Diop, 73 ans, père de 10 enfants.

Durant une visite dans la région la semaine dernière, John Holmes, chef de l’aide onusienne, ne demandait pas seulement 10 millions de dollars, nécessaires pour garder les gens en vie, mais pour qu’il y ait davantage d’actions pour s’occuper des racines qui sont la cause de crises alimentaires récurrentes.

Les fermiers comme Diop disent que c’est précisément ce qu’ils font. Il est l’un de ces 2 500 fermiers sahéliens qui, depuis ces dernières années, ont pris part à l’African Market Garden, un projet israélien qui utilise l’irrigation basse-pression par goutte à goutte pour stopper la dépendance aux pluies et augmenter les récoltes, l’alimentation et les revenus.

Les récoltes de Diop lui rapporteront 800 000 francs CFA (environ 1 200 €) annuel, lorsque les Nations Unis dépenseront 190 millions de dollars durant la même période pour surmonter les crises alimentaires, lançant des appels aux donateurs afin qu’ils investissent encore plus dans des projets à long terme.

Dov Pasternak, directeur du programme pour le Sahel à l’International Crops Research Institute for the Semi-Arid Tropics (ICRISAT), dit que : « Cette année, le Niger va au-devant de gros problèmes », faisant référence à l’urgence d’apporter de l’aide à ce pays sans accès maritime.

« Cela coutera des millions. Mais quelle va être la part dépensée dans l’agriculture ? J’ai l’intuition qu’elle sera largement en faveur de l’aide alimentaire, dit-il. Nous allons devoir nous occuper de la pauvreté plutôt que d’assurer la sécurité alimentaire. »

NOUS NE POUVONS PAS COMPTER SUR LES PLUIES

D’après l’ICRISAT, le système d’irrigation des Jardins potagers africains permet que les rendements de la terre, de l’eau et de la main-d’œuvre sont multipliés respectivement par deux, quatre et six, lorsqu’on les compare avec les systèmes de production traditionnelle de légumes sur le continent.

Selon Pasternak, cela pourrait permettre à des pays comme le Niger de transformer des zones de famine perpétuelle en zones productrices de nourriture pour un marché régional d’environ 250 millions de personnes.

D’après lui, l’eau est disponible, contrairement à l’idée reçue que cette terre est aride,. Le plus flagrant, ce sont les millions de litres que déverse la rivière éponyme Niger. Mais, avec de la technologie et des investissements, les quantités souterraines superficielles appelés dallos ou les plus profonds aquifères locaux offrent potentiellement des milliers de milliards de litre d’eau.

Par conséquent, Pasternak affirme que les fermiers devraient être aidés pour investir dans l’irrigation et pour se concentrer sur la production de cultures à haut-rendement qu’ils puissent vendre afin d’utiliser l’argent pour acheter de la nourriture qui est plus fiable et moins couteuse à cultiver ailleurs.

« Vous ne pouvez pas compter sur la pluie pour une agriculture durable lorsque deux années sur cinq sont des années de sècheresse », dit-il.

Faisant référence aux succès changeant les déserts en grenier à blé, Israël dit qu’il peut aider à réorganiser l’agriculture en Afrique sahélienne et qu’il est en train de financer une série de projets similaires dans la région.

Sur le site de Kzue Yaba Diop, près de Thiès, les fermiers paient un droit d’entrée de 15 000 Francs CFA (environ 23 €) pour rejoindre le projet, soit environ 10% du prix total de l’équipement. Ils paient également une note d’environ 60 000 Francs CFA (environ 90 €) pour l’eau et les engrais durant chaque récolte.

Certains prenaient du retard dans leurs paiements et étaient exclus du projet. D’autres se débattaient avec l’entretien périodique nécessaire au maintien de l’écoulement d’eau pour les tuyaux d’irrigation. Dans un projet, l’obstination des fermiers à faire des cultures biologiques a réduit les volumes.

Mais les directeurs de projet sont optimistes et Diop, surnommé « l’étudiant modèle », a acquis un terrain inexploité et réinvesti l’argent qu’il a gagné pour acheter plus de kits d’irrigation et cultiver plus de terre.

« Les donateurs disent que c’est trop cher. Mais je leur réponds qu’ils doivent investir mais que le bénéfice est rapide. En Afrique, il y a une attitude négative envers l’investissement », dit Pasternak.

CHANGER LES MENTALITÉS

« Le cout de l’agrandissement du projet est d’une grande importance, mais pas le seul, » dit Bruce Langford, expert en irrigation et maitre de conférences à l’Université de Est Anglia au Royaume-Uni.

« Est-ce vraisemblable que les fermiers copient cette technologie sans incitations extérieures ? Je pense qu’ils ne le feront pas car c’est très couteux », dit-il, avertissant que les systèmes risquent de couter bien plus que 500 à 3 000 $ (environ 450 à 2 700 €) par hectare, ce qui est le seuil d’accessibilité économique pour les procédés d’irrigations.

Langford a également signalé des problèmes comme l’impact sur les ressources en eau si les projets sont reproduits à une grande échelle, l’accès aux marchés et le besoin de renouvèlement des équipements dû aux dégâts liés à une utilisation dans des conditions difficiles. L’ICRISAT dit que les modèles actuels durent trois ans.

« La recherche a besoin d’effort, les projets pilotes ont besoin d’effort. (Mais) les fermiers ont besoin de se poser sérieusement la question de savoir si la technologie va fonctionner », a-t-il déclaré.

Alioune Diouf, conseiller technique pour l’ambassade israélienne au Sénégal, disait que la simplification de la technologie pourrait aider au changement de mentalité des fermiers, les faire penser plus en tant qu’entrepreneurs, mais ils faut faire davantage pour les soutenir.

« L’irrigation au goutte à goutte peut et doit être une solution pour l’agriculture en Afrique, mais elle doit être accompagnée par d’autres paramètres comme l’éducation et l’organisation », dit-il.

« Sans cela, vous pouvez oublier l’agriculture. » (Édité par Philippa Fletcher).

Traduction de l'article publié sur le site Beer-Sheba Project le 10 mai 2010. Pour visualiser l'article sur le site en anglais, cliquez ici.

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